Interview: Cosy Mozzy – Les cinq ans du Dirty Dancing

Interview: Cosy Mozzy – Les cinq ans du Dirty Dancing

Cosy Mozzy

A l’occasion des cinq ans du Dirty Dancing, Renaud Deru aka Cosy Mozzy nous accorde une interview pour parler de son « bébé », le Dirty Dancing, créé en collaboration avec Lorenzo Serra. Retour sur leurs débuts, leurs projets à venir et quelques regrets. Une interview bilan de cinq année ininterrompues de festivités.

TheClubbing.com: Salut Renaud et merci de nous accorder cette interview. Theclubbing.com est fier de pouvoir mettre en avant une nouvelle fois le Dirty Dancing à l’occasion de vos cinq années. Tout d’abord au nom de l’équipe, je vous souhaite un excellent anniversaire.
Cosy Mozzy: Merci beaucoup.

TheClubbing.com: Quand Lorenzo et toi, vous avez eu l’idée de lancer le Dirty Dancing, espériez-vous cette longévité?
Cosy Mozzy: Au départ on l’espérait mais de là à l’imaginer, c’est plus difficile. Au début, on avait un accord avec le propriétaire du Mirano qui nous avait donné une date butoir de deux mois d’essai avant de faire le bilan. Evidemment avec le succès, on n’a jamais reparlé avec lui de cette date butoir parce que dès le départ c’est assez bien parti. La première année s’est terminée avec une moyenne de 700 personnes par soirée et puis le monde s’est déplacé plus en masse. Aujourd’hui c’est un public très varié, très éclectique, intéressant et intéressé par la musique qui se rend à nos soirées pour un total de près de 1200 personnes chaque semaine.
Chaque semaine, Lorenzo (ndlr: co-organisateur des soirées Dirty Dancing) et moi-même nous regardons en disant que c’est quand même incroyable tout ce qu’il se passe autour du Dirty. On est vraiment conscient de la chance que l’on a. Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’endroits en Belgique qui ont cette longévité. On en est très fier et encore et toujours surpris, comme au premier jour.

TheClubbing.com: Tu parlais de l’éclectisme, crois-tu que c’est cela qui fait la force du Dirty par rapport à d’autres boites?
Cosy Mozzy: Je crois que ce qui fait la force du Dirty, c’est son éclectisme en général, pas seulement celui de son public. La programmation en termes de musique, d’art, de mode est différente. Ce qui fonctionne super bien également au Dirty, ce sont les résidents. Chaque année, on essaye de proposer un nouveau résident qui deviendra un véritable visage du club. Il y a eu Compuphonic, je ne pense pas qu’on se soit trompé. Il y a eu également Stephen qui produit maintenant sous Aeroplane. Il y a eu Cook & Matic, Starsky & Tonic qui sont The Subs maintenant, etc. Je pense qu’il y a un travail là-dessous. Le Dirty ce n’est pas simplement des guests chaque semaine, c’est aussi et surtout une famille soudée de résidents qui grandit chaque année et qui peut apporter au public la musique qu’il demande à entendre. Notre travail de tous les jours, ce n’est pas de penser « évènement », mais penser « lifestyle ». Ca signifie que les gens viennent au Dirty parce qu’ils savent qu’ils vont découvrir et entendre des choses qu’ils aiment. Puis finalement, le moteur de tout cela est la passion que Lorenzo et moi-même mettons dedans depuis cinq ans. On continue à rigoler et trouver des idées pour rendre le truc dynamique. Le secret il est là, c’est le travail et la passion.

TheClubbing.com: Que signifie pour toi ce cinquième anniversaire? Comment le considères-tu? Est-ce un commencement, une étape, un cheminement logique, ou, mais on ne l’espère pas, le début de la fin?
Cosy Mozzy: C’est une bonne question. Ce qui est particulier quand on est programmateur pour un club comme le Dirty c’est qu’au jour d’aujourd’hui je suis déjà dans le booking d’artistes pour les évènements de février et mars 2009. Pour moi, on fête les cinq ans maintenant alors que je suis déjà dans l’organisation de l’année prochaine. Ce qui surtout a été marrant c’est de regarder en arrière, notamment pour les photos. Dans notre Nightzine, on a tiré des photos issues des cinq dernières années, une sorte de best of. On défie quiconque de trouver quelle photo est ancienne et quelle photo est récente, l’esprit est resté le même. On se rend compte qu’il y a quand même un truc qui est génial c’est que Dirty Dancing a gardé une sorte de fil conducteur qui est resté identique depuis le début. La question de l’avenir n’est pas vraiment importante pour nous. On va continuer à faire des bonnes soirées! Quoiqu’il en soit, Dirty Dancing ne mourra jamais tant que notre passion à Lorenzo et moi sera intacte. On pourrait se dire qu’après cinq ans, il est difficile d’aller plus haut. Pourtant nous avons déjà eu cette réflexion pour nos trois ans et la preuve est qu’il est bien possible de toujours proposer quelque chose de plus qualitatif, de plus adapté. Il y a toujours moyen d’aller plus haut. Finalement Dirty est encore un bébé et Lorenzo et moi de jeunes parents.

TheClubbing.com: C’est sans doute ça aussi qui permet d’avancer, c’est de sans cesse repousser vos limites pour aller plus loin!
Cosy Mozzy: Tout à fait. Ce qui est très gai au bout de 5 ans, c’est qu’aujourd’hui notre réputation nous précède. Cela nous permet de voir plus loin et même d’accueillir des artistes que l’on n’aurait jamais pensé pouvoir booker avant. C’est hyper gratifiant, on se rend compte que les portes s’ouvrent beaucoup plus rapidement pour Dirty Dancing au bout de 5 ans que pour Dirty Dancing au bout de cinq mois.

TheClubbing.com: Après cinq ans de travaux, quelle est ta plus grande satisfaction?
Cosy Mozzy: D’abord avoir réussi à créer un cachet Dirty, un style Dirty. Ensuite le deuxième point c’est par rapport au Mirano, le lieu où nous organisons nos soirées depuis le début. C’est une boite centrale de Bruxelles depuis 27 ans. Le Mirano a toujours subi de grandes vagues mais également des creux. Lorenzo et moi étions très amoureux de ce club même avant d’y organiser des soirées. Nous sommes fiers d’avoir écris une des grandes époques de ce club. Je suis certain que dans 20 ou 30 ans des gens diront: « Dirty Dancing, j’y étais ». Enfin c’est une satisfaction en termes de relations humaines. Lorenzo et moi avons été à la base de ce projet et nous le sommes toujours. Rien n’a changé. C’est une belle réussite humaine qui s’est transformée en amitié, c’est quelque chose d’important.

TheClubbing.com: Il existe de nombreux autres clubs dans la capitale, qu’est ce que le Dirty a de plus qu’eux? Quelle est la différente entre le Dirty et les autres discothèques?
Cosy Mozzy: Dirty Dancing est un vrai club et non une discothèque où les gens ne font que danser. Le Dirty propose beaucoup plus d’éclectisme. Pour moi c’est la réelle différence. On est dans des tendances qui vont de la minimale à l’électro en passant par le rock lors de concerts,… On n’a pas de réelle étiquette musicale comme d’autres clubs dans la capitale. On essaie par ailleurs de prendre plus des risques, d’avoir du flair et de dégotter des groupes de tous horizons. Par exemple, Justice est venu au Dirty, il y a cinq ans alors qu’ils n’étaient pas du tout connus. Idem pour Digitalism, LCD Soundsystem. Maintenant, ce sont des mecs qui sont impayables, même pour nous. On a réussi à chopper des mecs avant qu’ils explosent et ça, c’est vraiment révélateur.

TheClubbing.com: Le Dirty n’est pas qu’une discothèque mais plutôt une plateforme culturelle au sens large qui met en avant diverses manifestations quelles qu’elles soient: défilés, vernissages d’artistes contemporains, concerts, lancement d’albums, de compilations, de DVD. C’est important pour vous de garder cette vision multiculturelle?
Cosy Mozzy: Très important, c’est l’essence même de ce que l’on fait. « L’éclectisme à tous les étages » est notre leitmotiv. Ca ne change pas. A l’heure où je te parle, j’ai des caisses de disques devant moi, un graphiste à côté de moi qui s’occupe de faire une expo pour samedi, des tableaux qui ont été proposés en vernissage, une armoire remplie de déguisements… Voilà! Dirty c’est tout ça! Le jour où ça changera, on ne s’y intéressera plus, ça n’aura plus aucun sens. Organiser simplement des soirées juste avec un DJ, moi-même je n’y viendrais pas.

TheClubbing.com: Dirty Dancing est aussi un label qui donne généralement une chance aux jeunes DJ belges…
Cosy Mozzy: Je te coupe car le label n’existe malheureusement plus. On a travaillé avec une société qui s’appelait Audiopolis, société productrice du label, et qui n’a jamais payé aucun des artistes. Ca a été une expérience très difficile à vivre car cette société n’a respecté aucun des artistes et aucun des contrats. Des mecs comme Compuphonic et Aeroplane ont sorti leur premier disque grâce à Dirty Dancing Recordings. C’est dommage car c’est une blessure pour nous, on n’est pas prêt à recommencer car on a été dégoûté de ce qui s’est passé.

TheClubbing.com: C’est peut-être un des seuls regrets que vous avez par rapport au Dirty Dancing?
Cosy Mozzy: Certainement. Il n’y a aucun regret sauf là-dessus. Autrement, on s’est très bien amusé et on prend beaucoup de plaisir à continuer.

TheClubbing.com: Forcément, qui dit anniversaire dit soirée d’anniversaire. « Tous à poil » se déroulera ce samedi 11 octobre. Peux-tu nous en dire un peu plus?
Cosy Mozzy: Il y a deux choses dans cette soirée. D’abord un grand battle de tous les DJ du Dirty. On fait un grand battle de tous les résidents ensemble. Pendant six heures, on va s’affronter sur deux systèmes son, chacun avec deux platines. On se connaît tous très bien donc ce sera intéressant. Tous les résidents Dirty sont actuellement des gens très reconnus. C’est assez marrant, parfois quand on invite tel ou tel guest avec Compuphonic par exemple, les gens viennent plus pour Compuphonic que pour les guests. La réussite est là aussi. Ca c’est pour le côté musical. Ensuite on a demandé à une série d’artistes de prendre position du Mirano au niveau d’un espace et de le transformer et d’en faire une sorte d’oeuvre d’art. Ca nous laisse pas mal de surprises. Ca risque d’être sympa et ce sera une super fête, comme d’habitude pour nos anniversaires.

TheClubbing.com: Dirty Dancing a déjà invité tant de DJ internationaux prestigieux, pourquoi avoir décidé de fêter cet anniversaire « en famille » et non en invitant une grosse pointure?
Cosy Mozzy: Disons qu’aucune pointure internationale n’a créé le Dirty. Nous l’avons fait avec nos résidents, notre énergie et nos clients. Ce sont ces gens-là qu’il faut fêter. Tous les guests qu’on a pu avoir sont des cerises sur le gâteau. En général, ce sont même plutôt eux qui nous remercient d’avoir été invités chez nous. Les meilleures soirées qu’on a passées au Dirty sont les soirées uniquement avec nos résidents. D’ailleurs notre public nous le demande: « arrêtez d’inviter des guests, faites des soirées résidents, c’est tellement mieux chaque fois ». Dirty Dancing est avant tout un endroit où on veut créer un esprit et pas faire un booking à tout prix. On invite les gens qu’on désire car on aime ce qu’ils font. Si pendant quatre mois, il n’y a pas un truc intéressant à nos yeux qui sort du lot, on ne bookera personne. Mais ce n’est pas grave, la fête reste toujours aussi forte.

TheClubbing.com: Enfin une dernière question un peu spéciale car ce n’en est pas une. Si on doit te laisser carte blanche pour confier quelque chose de spécial, qui te tient à coeur et que tu souhaiterais dire à toutes les personnes ou clubbeurs qui n’ont cessé de vous suivre et de vous soutenir. Qu’est ce que tu leur dirais?
Cosy Mozzy: Je leur dirais que sans eux, on n’aurait jamais existé. On serait sans doute tous en manque de quelque chose le samedi soir. Dirty Dancing, nous l’avons lancé mais c’est finalement eux qui l’ont fait. Un grand merci!

TheClubbing.com: Merci beaucoup Renaud de m’avoir consacré un petit peu de ton précieux temps. Encore plein de bonnes choses pour votre anniversaire.
Cosy Mozzy: Un grand merci et à bientôt.

TheClubbing.com: Bonne continuation!

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