Interview: Olivier Durand aka Olo, manager du label Nacopajaz

Interview: Olivier Durand aka Olo, manager du label Nacopajaz

Olivier Durand aka Olo

Nacopajaz est un label indépendant basé à Paris créé en 2003 et dirigé par Olivier Durand. Musicalement, Nacopajaz n’a d’autres propos de faire exister des musiques plus obliques dans les champs des musiques électroniques de qualité, de la pop alternative et de tout son qui a du sens pour nous. Nacopajaz produit, promotionne et aide pour le booking de ces artistes en France et partout dans le monde où cela est possible.

TheClubbing.com: Quand et comment est né Nacopajaz?
Olo: Nacopajaz est né de ma rencontre avec un graphiste Thierry Button en 2003 (parti de l’aventure depuis 2004) et moi qui officiait depuis de longues années chez Island Records, Source… comme responsable promo sur plein de différents projets excitants (Portishead, Tricky, Pulp, Bjork, Warp, Quannum, Mo’ Wax,… et beaucoup d’autres) après une courte expérience comme guitariste dans un groupe de pop bien connu. Nacopajaz est parti au début de l’idée de développer de la musique électronique pointue avec notamment quelques artificiers de Toulouse (Del Wire, Fedaden, …), une electronica mélodique qui prend ses sources dans le jazz, la pop ou le hip-hop plus abstract.

TheClubbing.com: Comment Nacopajaz s’est il spécialisé dans la scène alternative brésilienne? Est ce une passion à l’origine ou y a t’il eu un élément déclencheur?
Olo: La révélation avec la musique brésilienne est clairement née de la découverte de Tom Zé. Il y a bien des disques de Gilberto Gil, Jorge Ben qui tournaient dans les années 70’s chez mes parents mais honnêtement j’étais plus branché sur la new wave, la pop-anglo-saxonne et les débuts de l’électro à ce moment là. C’est avec Tom Zé que j’ai découvert une musique Brésilienne plus cabossée, une samba (satanic?) déstructurée, un choc! qui m’a fait plonger très rapidement dans des recherches de plus en plus excitantes surtout dans la MPB des années 60/70 avec les Mutantes mais aussi la pop pastorale de Clube de Esquina, d’Os Novos Baianos, Egberto Gismonti, Deodato, etc. Comme je suis un peu musicien, je crois que c’est difficile d’ignorer la musique brésilienne qui dans son ensemble est riche d’expérimentations, de liberté que l’on aimerait voir plus souvent dans la musique faite en France, notamment. Quelques voyages là-bas m’ont totalement conquis et l’idée d’essayer de développer des projets nouveaux de là-bas a commencé à germer vers 2003. C’est à dire bien avant CSS et l’année du Brésil, ahah. Les rencontres avec Kassin (génial producteur de Rio) guidé par mon ami Stéphane San Juan (batteur qui officiait avec Amadou & Mariam) domicilié là-bas et devenu le musicien frenchy capable de t’organiser un rendez-vous avec Caldato et Moreno Veloso du jour au lendemain. Et puis surtout une grand joie de jouer et de vivre qui quand tu es là-bas, tu te demandes ce que tu fous à Paris, par exemple mais là je ne suis plus du tout new wave pour le coup… haha!!

TheClubbing.com: D’autres artistes du label restent en marge de cette scène comme Del Wire, Mai ou Fedaden. A terme, penses-tu continuer à développer d’autres genres (electronica, pop…) en signant de nouveaux artistes ou converger définitivement vers le Brésil?
Olo: Euh… en fait ils ne sont pas en marge, Fedaden est un gros objectif pour le label mais il opère dans un domaine qui est peut-être moins couvert par les plus gros médias, son nouvel album est magnifique et je crois assez attendu. Del Wire s’est dissout peu après la sortie de l’unique album so… Mai ne fera qu’un album chez nous, nous n’avons pas adhéré totalement à la nouvelle direction musicale plus convenue selon nous et puis d’autres problèmes sur lesquels je ne reviendrai pas et puis tu sais quand un truc ne te fais plus rien, quand il y a trop de calculs, quand ça tapine plus… moi généralement I quit! Mai, nous a permis toutefois de nous développer sensiblement à l’export avec 50% des ventes à l’export, c’est notre meilleure vente à ce jour. Mais revenons à des projets plus passionnants, Fedaden est vraiment quelqu’un dont la musique me fait toujours quelque chose de spécial, son univers est tellement particulier, enivrant et magnifiquement ciselé que chaque nouvel album est pour nous est toujours source d’excitation. Il a peut-être une approche de la musique électronique plus intérieure, cabossée, breaké, lui aussi, ce qui lui prive encore l’accès des plus gros médias, même si nous commençons à être consulté régulièrement pour des synchros avec lui… j’espère que l’avenir lui rendra Justice… héhé ( sans jeu de mots… quoique…)

Olivier Durand aka OloTheClubbing.com: La ville de Sao Paulo semble t’attirer davantage qu’une autre. Qu’a t’elle de si spécial?
Olo: Pour être franc, je n’ai pas passé énormément de temps à Sao Paulo mais j’y ai écouté beaucoup de musique de là-bas… De toute manière je ne connais personne qui cerne totalement la ville, honnêtement c’est toujours un peu la ville que l’on évite et qui est tellement énorme que ça donne un peu le tournis… Je trouve même que L.A à coté c’est tranquille… Il faut 3/4 heure pour traverser la ville, c’est terrifiant. Mais je projette d’y aller plus longtemps, le problème est que l’activité du label m’occupe énormément ici donc je n’ai pas toujours le temps de bouger… Sinon c’est une ville moderne mais ce n’est pas Bangkok quand même, bouillonnante avec un petit coté parvenu dans les quartiers plus bourgeois que je n’aime pas trop mais qui tranche avec l’image d’épinal du danseur de Capoeira. Du bruit, de la noirceur, de la mordernité et des espaces de calme, de l’excitation et de la douceur,… c’est à dire la vraie vie d’une ville mégalopole qui pulse mais qui respire aussi, ça m’intéresse aussi… Plus même, que les plages de Parati… C’est comme un peu partout ailleurs, en Inde j’ai adoré Bombay et détesté Goa, Varkala… Donc on va dire que c’est ça… La modernité d’une ville, d’un pays, qui tranche avec l’image plus touristique certes plus chouette mais tellement obsolète que… C’est mon ami Lieven qui a fait le tracklist de cette compilation Satanic Samba avec qui il y eu communion d’esprit qui a scellé mon envie d’aller plus loin danss la nébuleuse de Sap Paulo.

TheClubbing.com: Pour ceux qui veulent découvrir la richesse de la scène, la compilation Satanic Samba a-t’elle été conçue spécialement pour ça, en y représentant toutes les facettes?
Olo: Et bien oui, c’était de montrer que le caractère toujours transgressif de la musique émanant de Sao Paulo que l’on peut tirer un trait depuis les années 60/70 jusqu’à maintenant et montrer que Sao Paulo a toujours été un peu punk, débridée, libre. Satanic Samba n’a pas l’ambition d’offrir un panorama exhaustif (comment pourrait-on le faire??) mais plus une virée musicale dans cette nébuleuse expérimentale, car la compilation n’est pas un entassement de références montrant notre extraordinaire culture, loin de là, mais une compilation très musicale, pointue (avec plein de titres introuvables) si tu prends le temps de t’y arrêter. Elle a été bien accueillie mais il y a des journalistes qui bizarrement sont passés totalement à coté, je ne les nommerai pas ahaha et qui ont préféré s’épancher sur des sujets plus faciles à appréhender et à vendre… Signe des temps? De toute manière cette compilation elle est intemporelle donc… Je ne suis pas inquiet sur le vieillissement de ce bon vin… ahahha

TheClubbing.com: Avant de fonder Nacopajaz, tu as travaillé pour des majors. Penses-tu que tu aurais pu signer les artistes que tu produis aujourd’hui chez une grosse maison de disques? Y a t’il un réel fossé entre les exigences indépendant/major?
Olo: Wep, j’ai eu la chance d’opérer dans des majors et dans une période plus passionnante en terme de direction artistique, j’ai effectivement suivi les débuts de Portishead, Tricky, Pulp et Björk en solo mais aussi chez Source pour Warp, Mo’wax, Leïla,… Dans une période où tu pouvais encore plugger 1h de clips de Warp et pas que du AFX des trucs plus obscurs de Seefeel, Jimi Tenor en ouverture des clips M6 du soir, aujourd’hui on te lapiderait pour cela ahaha… Je ne sais pas si c’est un problème d’exigence mais surtout de potentiel commercial. Moi, j’ai la prétention de penser qu’un disque à faible potentiel, il a autant d’importance dans l’environnement musical, la vie, que les blockbusters du genre. S’il me procure des sensations, j’ai quelque part plus de respect pour ça, c’est ça la musique je crois, une histoire de vibrations. Non? En major, si tu as des projets qui vendent pas c’est la honte, le discrédit, ça m’a toujours choqué. Moi je peux aimer autant Miossec (quoique pas tous) que Leila ou Basinsky… Tu vois le grand écart? Hehe je crois qu’une maison de disques doit vendre des disques attention, je ne connais pas d’artistes qui ne souhaitent pas vendre de disques d’ailleurs… Mais pas à n’importe quel prix, pas en méprisant les artistes à plus petit potentiel… C’est le coté plus bling-bling qui m’a saoulé dans les majors. Le coté je veux breaker, aucun discours sinon la réu promo, aucune lecture sinon le top Ifop. A l’époque, il y avait beaucoup d’argent mais dépensé souvent n’importe comment… Je me suis peut-être un peu égaré là… Mais bon oui je souhaite à mes artistes de pouvoir évoluer avec plus de moyens car ce n’est pas toujours facile mais aujourd’hui si un de mes artistes intéressait une major, je le saurais déjà et je ne le lâcherait pas à n’importe quel prix… Mais je crois que vu mon côté barré et incorruptible, il n’y a pas encore urgence pour ces gens-là qui, je pense me regardent bizarrement maintenant, du genre mais qu’est ce qu’il branle dans cette galère… ? Je crois que je hais profondément le star-system! Il te détruit toujours à terme. Moi je veux rester vivant!

TheClubbing.com: Dans l’esprit des gens, le « Brésil » est synonyme de carnaval, samba et nanas en string. Je pense personnellement que Nacopajaz peut séduire les mélomanes de tout horizon. Qu’as-tu à leur dire pour donner envie de découvrir le label?
Olo: Il l’est aussi, c’est l’image que le Brésil veut bien aussi donner, ça lui rapporte plus! Sinon… Je dirais: « Soyez curieux, explorez, ne vous laissez pas berner par les clichés, expérimentez, vivez quoi? et arrêtons de penser que la world music est l’apanage d’une sphère de gens qui ne voit qu’évasion, exotisme, héritage post-colonialiste? Qui est aussi une manière de ne voir que ce qu’on veut y voir. » Mais attention, je défie quiconque de résister à une bonne Batucada, ça doit être mon coté ex-raver, ça! Je me suis retrouvé une fois dans un festival de Maracatu à Recife et je me souviens d’une montée en puissance du beat qui petit à petit à soulevé tout le monde à son arrivée sur la place ou j’étais, les vieux, les jeunes les mendiants, les touristes… C’était énorme! Et puis attention au fait que j’ai beaucoup de respect aussi et de goût pour l’héritage de la musique Brésilienne un bon Joao Gilberto ou Jorge Ben ça envoie aussi et c’est toujours bon! Si vous fouillez dans mes disques vous allez même trouver de la musique country brésilienne so… Je ne suis pas optu! Je ne suis pas en opposition à l’héritage mais dans le prolongement… Enfin je me comprends!

TheClubbing.com: Quelle est l’actualité du label? Parle nous des prochains Fedaden et Lucy & The Popsonics!
Olo: On prépare la sortie de Lucy & The Popsoncis (Brasilia) un groupe electro-rock assez rigolo qui va tourner en France, ils déboulent dans quelques jours à Paris pour incendier quelques clubs encore réfractaires ahah… On joue avec Battant dans une semaine, tiens d’ailleurs je tiens à dire que j’ai beaucoup de respect pour Fanny et Kill The DJ qui, je crois, a une politique assez ouverte comme nous, j’adore Jason Edwards par exemple très différent d’Aswefall…Voilà nous, c’est le coté versatile qui nous anime, on espère surprendre à chaque sortie, je n’aime plus le côté mono-son de certains labels qui à la longue même s’ils sont cool lassent à terme? Non? Je m’attendais à une question sur ce thème ahah donc je place ma réponse hehe… Nous on est un label généraliste pointu! Quoique on n’est pas si généraliste que ça quand même! Un nouveau 12″ de Fedaden pour début mars et l’album pour mai 2009 qui déchire … On lance pour nos cinq ans une opération back catalogue avec remise en avant de certaines référence et aussi une compilation avec plein de remixes rares, d’inédits pour saluer cinq ans de labeur… Dans les projets, on va essayer de ne pas déposer le bilan aussi… C’est dur en ce moment!

TheClubbing.com: Des nouvelles signatures en vue?
Olo: Oui mais tranquillement, on suit quelques projets ici et ailleurs mais on préfère bien travailler ce qu’on a et on est une toute petite équipe… Mais oui envoyez nous des trucs! Surtout en électronique!

TheClubbing.com: Un dernier mot aux lecteurs de TheClubbing.com?
Olo: Aimmmmmmez nous et achetez nos disques bizarrement vous serez plus riches! Ah ah! Plus sérieusement… Be yourself mates!

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Sultan El Turrah

Founder and owner of TheClubbing.com / Document electronic music since 1999.

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