Interview: Darren Price (Underworld)

Interview: Darren Price (Underworld)

Darren Price (Underworld)

Darren Price fût pendant tout un temps le DJ du groupe Underworld (UK). Lors de la première soirée organisée par notre site, nous avons profiter de sa venue pour l’interviewer.

TheClubbing.com: Hello Darren, ravi de te rencontrer surtout après une si bonne prestation! D’autant plus que ça faisait longtemps que l’on ne t’avait vu en Belgique!
Darren Price: Tout le plaisir est pour moi. Je me suis bien éclaté ce soir! C’est vrai que ça fait plusieurs mois que je ne suis pas passé par votre pays mais ça va changer car j’ai plusieurs engagements sur les semaines à venir. La semaine prochaine je reviens, je serais à Arlon.

TheClubbing.com: Je ne sais pas si tu es au courant mais ce soir, c’est la première soirée que nous organisons. Nous sommes un site dédié au clubbing et à la musique électronique. C’est donc un honneur pour nous de t’avoir comme tête d’affiche, on en est assez fier!
Darren Price: Oui on m’a expliqué tout ça: votre site et son contenu, c’est le genre d’initiative que je salue. En plus, apparemment vous êtes un nombre assez important de membres, c’est cool!

TheClubbing.com: Notre but est de former en plus une sorte de communauté dédiée aux musiques électroniques.
Darren Price: Et bien franchement continuez comme ça, vous êtes sur la bonne voie, en plus vous venez de franchir un pas important en organisant une soirée, d’ailleurs l’ambiance dans la salle est très agréable.

TheClubbing.com: Revenons en à toi et à ton parcours, tu fais partie du groupe Underworld en étant leur DJ officiel?
Darren Price: Oui, c’est ça, je suis également leur technicien principal sur les tournées et en studio. Ca représente pas mal de boulot, par exemple lundi dernier on était au Japon pour plusieurs dates et ce soir je suis là. C’est assez drôle d’ailleurs de faire partie d’une grosse machine avec une logistique et des moyens énormes puis d’être seul dans un petit club, ça remet les idées en place, tu peux me croire!

TheClubbing.com: Underworld sort d’ailleurs en ce moment un coffret qui reprend quasiment l’intégralité de ses titres. Quel regard portes-tu sur tout ce background?
Darren Price: Underworld a fait beaucoup de choses différentes et franchement c’est avec fierté que je regarde ce qui a été accompli. Ca fait dix ans que ça dure, il y a eu des bouleversements – je n’étais pas là au début, c’était Darren Emmerson qui était le DJ – des échecs et heureusement pas mal de succès.

TheClubbing.com: Sans revenir en détail sur le sujet, Born Sleepy a tout changé?
Darren Price: Je serais con de te dire le contraire. Bien sûr que tout a changé après ce titre. On a enfin pu faire tout ce que l’on désirait, le bonheur!

TheClubbing.com: Donc cette rétrospective est en quelque sorte une consécration?
Darren Price: Humm, c’est plus une affaire de fric, nous, le groupe, ne sommes pas à l’initiative de ce projet, c’est notre maison de disque! Enfin je ne me plains pas et on aurait pu dire non mais franchement on ne va pas cracher sur l’argent!

TheClubbing.com: Tu es présent sur la scène électronique anglaise depuis longtemps, tu étais même acteur dans l’émergence de l’acid-house en Angleterre. Que retiens-tu de cette période?
Darren Price: C’était de la folie, je te parle de la période entre 1988 et 1993. je mixais alors uniquement en Angleterre et tous les WE. La scène club était énorme, de même que pour les raves. Mon meilleur souvenir reste les raves de Blackpool (ndlr : une cité balnéaire du nord ouest de l’Angleterre) en 1992 et 1993, totally amazing! Après 1993, le phénomène s’est étendu au monde entier mais tout est parti du Royaume-Uni!

TheClubbing.com: Laurent Garnier a sorti récemment un livre Electrochoc qui retrace bien cette période d’insouciance, je ne sais si il a déjà été traduit en anglais.
Darren Price: Oui j’en ai entendu parlé, mais je ne l’ai pas encore lu. J’ai beaucoup croisé Laurent Garnier en Angleterre, il y jouait quasiment tous les WE à l’époque. C’est un très bon DJ, très respecté et qui a beaucoup fait pour la reconnaissance de notre musique. RESPECT. C’est bien que ce soit lui qui raconte tout ce qui s’est passé, je suis sûr que c’est un ouvrage honnête et qui retranscrit bien l’atmosphère dans laquelle nous évoluions, il y a dix ans. Je ne te mens pas, c’était réellement de la folie, je sais que c’est facile de dire que c’était mieux avant mais c’est la réalité!

TheClubbing.com: Par contre maintenant la scène anglaise semble très faible, es-tu d’accord avec ce constat?
Darren Price: Totalement et le pire c’est à Londres, heureusement il y a encore des clubs sympa comme en Ecosse.

TheClubbing.com: Le club « The Arches » à Glasgow tenu par le duo Slam?
Darren Price: Exactement, voilà un endroit terrible ou chaque WE la programmation est géniale mais aussi risquée! Le problème est que les promoteurs anglais ne se prennent plus la tête et bookent toujours les mêmes DJ qui passent toujours la même musique au Km. Heureusement les clubbeurs anglais semblent fatigués de ces méthodes et sont à la recherche « d’alternative parties ».

TheClubbing.com: Vous avez pourtant des très grands artistes, personnellement j’admire les Two Lone Swordsmen, Andy Weatherall et Keith Tenniswood!
Darren Price: Ah ces deux là ce sont de vrais fous, ce sont de bons amis et on a eu de très bons moments ensemble, très chargés en dope et en alcool voir même extrêmes mais toujours inoubliables. Andrew est une vraie légende en Angleterre, on peut le comparer à Laurent Garnier, ils ont tous les deux eu un impact important dans leur pays respectif. Concernant Keith, il a sacrément maigrit (rires!) quand je l’ai connu il était timide et introverti, rien à voir avec aujourd’hui! Leur musique, ensemble et séparément, est mortelle!

TheClubbing.com: Toujours à propos de l’Angleterre, un des indicateurs de la scène club a toujours été Ibiza. Je m’y suis rendu cet été et franchement j’y ai constaté le déclin d’une chose qui était au commencement incroyable et magnifique.
Darren Price: C’était génial de jouer à Ibiza, il y a encore peu de temps mais c’est vrai que désormais on sent que ce n’est plus ça! Les clubbers anglais et les promoteurs ne sont plus vraiment intéressés par la musique, c’est la fin d’une époque mais aussi de toute une culture et d’une scène qui était hyper importante.

TheClubbing.com: Et la scène techno en Angleterre, on la sent écrasée par la hard house et la progressive house omniprésentes?
Darren Price: Non, il y a une scène mais elle est loin des projecteurs de Londres. Il y a tout de même une excellente soirée dans notre capital : « Lost » c’est une fois par mois, viens faire un tour tu ne seras pas déçu. Il y a aussi un super club en Angleterre « The Orbit » situé dans une petite ville tranquille. Les portes ouvrent à 18h et ferment à 1h du matin, fucking british laws, par contre à 22h l’ambiance y est phénoménale, tout le monde hurle et se lâche, j’adore y jouer et aussi y faire la fête.

TheClubbing.com: Ca doit être invivable cette réglementation très stricte sur les horaires?
Darren Price: Ne t’inquiète pas, il y a toujours des afters organisés après mais nous devons être discrets car les sanctions sont très lourdes. En même temps faire la fête tôt est devenue une habitude dans notre pays, c’est une des particularités de notre club culture. Sinon concernant la scène techno, en Angleterre elle est plutôt basée dans le sud du pays et surtout pas à Londres où la seule préoccupation est le fric!!

TheClubbing.com: On entend beaucoup parler du Trash Club de Londres avec leur résident Erol Alkan qui est une star au Royaume Uni?
Darren Price: Est-ce que tu l’as déjà entendu mixer?

TheClubbing.com: Oui une fois à un festival en Belgique: les 10 Days Off, c’était pas mal. Je me souviens qu’il a passé Parklife de Blur!
Darren Price: Je suis pas convaincu franchement, il caresse le public anglais dans le sens du poil et notamment la culture « lad » (ndlr : Lad = bière + football ), c’est trop simple!

TheClubbing.com: C’est vrai qu’à un moment j’ai eu l’impression d’être dans une boum brit pop! ça ne m’a pas dérangé, j’ai grandi avec de la pop anglaise et je pense que c’est une culture de qualité (The Beatles forever!)
Darren Price: C’est clair mais bon ça reflète bien la période transition dans laquelle nous sommes, mélanger tous les styles est assez drôle mais bon ce n’est que du recyclage. Il n’y a pas de prise de risque réelle.

TheClubbing.com: On sent qu’il faut que quelque chose de novateur arrive dans la musique, as-tu des pistes à nous donner sur cela?
Darren Price: Si seulement j’en avais! Crois moi, ce serait top secret mais franchement je n’ai aucun indice!

TheClubbing.com: Et à propos de la culture club belge, qui contrairement à l’UK est toujours bien vivante, qu’en penses-tu?
Darren Price: Comme pas mal de DJ je crois, c’est un des mes pays favoris pour jouer. D’ailleurs c’est le pays où je me suis le plus produit dans ma carrière, j’y suis donc particulièrement attaché. L’audience y est franchement déjantée et les clubs très cool mais toi tu n’es pas belge il me semble?

TheClubbing.com: En effet je suis français mais j’habite juste à coté de la frontière, à Lille, et le WE, je change de nationalité.
Darren Price: Je connais Lille, j’y ai joué avec Underworld dans une salle immense, le Zenith et le Global Tour de Carl Cox auquel je participais, y est aussi passé.

TheClubbing.com: C’est là où se situe le problème, il n’y a pas de clubs à Lille et en France ou alors sur Paris donc si tu veux sortir et voir de bons DJ tu n’as pas le choix, c’est en Belgique que cela se passe! Sinon tu t’étais déjà produit au Silo de Leuven?
Darren Price: Non c’est la première fois et franchement c’est pas mal et assez intimiste. Par contre, j’ai déjà joué au célèbre Fuse et là s’était à chaque fois génial, l’accueil y est inoubliable. D’ailleurs je me souviens rarement du nom des clubs mais là impossible de l’oublier, le Fuse Club j’espère y rejouer une fois. La dernière s’était, il me semble, en 1996 enfin je ne sais plus trop la date.

TheClubbing.com: Q’attends-tu pour y revenir?
Darren Price: Tout est une question de contacts, tu sais c’est assez compliqué, mon agent est au Portugal et ses contacts sont bien rodés, il y a peu de place pour l’improvisation.

TheClubbing.com: Concernant la musique, quels sont les artistes et les labels qui t’intéressent en ce moment?
Darren Price: 85% de mes disques sont des white labels et j’ai une très mauvaise mémoire alors te donner des noms va être difficile. Cependant j’en citerai quand même un, Intec, qui est vraiment excitant, chaque nouveauté est une bombe et il faut le rappeler c’est un label anglais! Et pour te faire plaisir un label français, Goodlife Records, ça aussi c’est très bon. Il y a tellement de bons labels, c’est difficile de choisir et il y a aussi beaucoup de merdes, la sélection est rude.

TheClubbing.com: Et la scène « laptop » t’intéresse t’elle? De même pour toutes les nouvelles technologies comme Final Scratch?
Darren Price: Non pas vraiment. Ce n’est pas ma tasse de thé tout comme les CDJ, le futur n’est pas la dedans, le meilleur outil reste les Technics et les vinyles.

TheClubbing.com: Bon on va s’arrêter là, as-tu une chose à dire à nos lecteurs?
Darren Price: Humm, je n’ai jamais été bon pour cela, je pourrai dire n’importe quelle connerie genre « keep the vibe alive » mais je vais me retenir. Non franchement bravo pour votre soirée et continuez dans ce sens. Il n’y a qu’en s’investissant à fond qu’on fait avancer les choses et votre idée de communauté est une excellente initiative, continuez dans cette voie!

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