Interview: Southsoniks

Interview: Southsoniks

Southsoniks

Southsoniks, Antonin Barre de son vrai nom, nous accorde une interview lors de son passage dans nos contrées. Cet artiste aux influences electro, techno, tech house, deep house, underground disco, funk, new wave, jazz, tribal house se dévoile le temps de quelques questions-réponses.

TheClubbing.com: Peux-tu nous raconter ton parcours musical et comment es-tu arrivé au live?
Southsoniks: J’ai fait quelques années de piano dans mon jeune age mais je ne joue pas bien du tout! Mais bon j’ai assez de bases pour avoir des notions d’harmonique et comme j’aime beaucoup travailler sur les mélodies dans mon travail, c’est quand même un atout. Vers 17 ans, je me suis acheté mon premier ordinateur, à l’origine pour tout autre chose, mais il y avait un petit soft d’édition super simple, qui permettait quelques manipulations, et en fait très rapidement je ne faisais plus que ca dessus. Couper, coller, trafiquer, répéter, c’était artisanal mais rigolo! Un an plus tard, j’ai cassé mon épargne pour m’acheter mon premier synthé et la première fois que je me suis fait arnaquer aussi! Franchement vouloir faire de l’électro avec, c’était un sacerdoce, y’avait peut être quatre sons intéressant! Mais bon, comme j’avais plus de sous, j’ai fait avec et à partir de quatre-cinq formes d’ondes un peu intéressantes, j’ai dérivé et programmé beaucoup de sons et c’était le début de ma passion pour les synthés et la synthèse! Les morceaux d’époques étaient limités mais bon. Puis après avoir pu m’acheter deux autres synthés et une table de mixage, j’ai enfin pu produire des morceaux corrects. Et c’est aussi à l’époque que mes collègues Dan Corco et Fred Carreira, que j’ai rencontré au lycée et avec qui j’ai partagé mon amour de l’électro m’ont donné ma première chance de jouer en live (20 mins dans une soirée avec Jon Thomas!). Je ne mixais pas à l’époque, alors que Dan et Fred oui, mais eux ne produisaient pas, donc on était complémentaires!

TheClubbing.com: Depuis combien de temps es-tu sur la scène? Quel fut ton premier pas en tant que DJ? Parce que, il faut le signaler, tu es aussi DJ!
Southsoniks: Donc mes premiers pas sur la scène datent de 1995, par la suite j’ai joué trois-quatre fois par année jusqu’en 1999-2000 ou j’ai joué beaucoup plus, car on me faisait jouer en Suisse, mais il fallu attendre 2001 pour que je sorte mon premier maxi, sur Scandium, premier label à qui j’ai envoyé un démo, avec Goodlife, au début de l’année 2001. Je mix depuis début 2000, mais c’est vrai que la priorité jusqu’en 2003 a été de développer mon concept live et surtout d’être très à l’aise avec. Ce n’est que cette année 2003 que je me suis concentré sur le djing et j’ai eu l’occasion de mixer en soirée pour la première fois à Genève en début d’année. Je ne suis pas pressé car j’aime prendre le temps de bien faire les choses, mais c’est clairement un de mes objectifs pour l’année à venir, car c’est un exercice que j’affectionne et dans lequel j’exprime autre chose. Mon maître à DJ dans ce domaine est clairement Laurent Garnier, qui mélange et métisse énormément, et pour moi c’est la clé.

TheClubbing.com: Quels sont tes influences musicales?
Southsoniks: Bien sur la musique électronique dans son ensemble, mais en dehors, j’adore le jazz et la funk old skool, la musique tribale. J’écoute avec plaisir du rock aussi et du classique, en fait tout ce qui donne la pèche et qui n’est pas trop facile. Finalement j’aime tout simplement qu’un morceau me touche, quelque soit le style. Ce qui s’exprime dans ma musique est un peu le mélange de tout ça, c’est pour ça que ma ligne directrice est « de la nourriture pour le corps et l’esprit », j’ai besoin des deux, de la musique qui donne envie irrémédiablement de danser et en même temps qui me touche à l’âme. Maintenant ça ne veut pas dire que je n’aime pas les morceaux purement tribaux par exemple, bien au contraire, j’adore les percus, le groove, la danse, mais si dans une soirée, c’est comme ça pendant deux heures voir plus, franchement je m’ennuie.

TheClubbing.com: Tu tournes pas mal dans le monde, de quel pays gardes-tu le meilleur souvenir?
Southsoniks: Dure comme question! J’ai d’excellents souvenirs de mes deux prestations à Amsterdam, l’organisation qui m’a accueillie était adorable, mais également toutes mes prestations à Barcelone, autant le public que les DJ, sinon le voyage en Croatie a été un peu folklorique mais une fois de plus je me suis regalé. J’aime jouer dans le sud de la France, ou j’ai joué la plupart du temps. Bref, je n’arriverais pas à répondre

TheClubbing.com: Et le pire souvenir?
Southsoniks: De nature je suis quand même assez positif, donc même quand ça a pu ne pas trop bien se passer, j’essaie de donner le meilleur de moi pour les gens présent. Et bon quand même ce n’était pas si grave 🙂 donc rien à qualifier de « pire »!

Southsoniks

TheClubbing.com: Décris nous les étapes d’un live de Southsoniks.
Southsoniks: Alors donc quelques petites précisions sur mon concept live
Evidemment un live avec des PCs c’est particulier et bien sur j’ai du sacrifier quelques facilités par rapport au travail avec mes machines (j’ai par ailleurs beaucoup de synthés). Mais le gros avantages c’est que mon live est mixé, donc plus dynamique et plus réactif (je choisis au fur et a mesure les titres que je vais jouer). En outre, j’ai la possibilité d’improviser (rajouter des pistes, modifier mes patterns) d’où le choix du soft pour le live.
Ce qui est live:
-la construction des morceaux (patterns, mute des pistes, etc.)
-le travail des filtres/fx sur les samples de mes synthés et des rythmiques (avec un contrôleur MIDI Doepfer)
-le travail des effets (deux AirFX, un filtre programmé sur un MicroMod, un délai général, etc.)
-le mix entre les éléments des morceaux (avec possibilités de « remixer » live un morceau avec des éléments d’un autre)
Bien sur que les séquences de synthés sont pour la plupart samplées (sauf certaines qui sont jouées sur mon deuxième MicroMod ou un deuxième synthé que je prends parfois (actuellement Korg MS2000 ou MicroWaveXT) ou d’autres basées sur des samples individuels), les rythmiques sont également pour la plupart des samples individuels qui sont séquencées et que je peux modifier.
Maintenant mis à part les lives totalement improvisés, tout le monde travaille avec des séquences plus ou moins préparées. Le terme Live est en soi abusif car on ne joue pas tout en live, mais le terme Act dit bien ce qu’il veut dire, c’est un show, une performance. Chacun sa méthode de travail, suivant le type de morceau que l’on fait, et ce qu’on a envie de mettre en avant (le travail de mix, le travail sur les sons, etc.)
Pour ma part, j’ai choisi la plus grande interactivité avec la salle, au détriment d’un peu plus de travail sur les sons eux mêmes (bien que je travaille actuellement pour ré introduire de plus en plus de synthés) et donc un travail sur le mix, avec des effets, des filtres etc.
Avant un live, je ne sais pas précisément ce que je vais jouer, en général je sais que j’ai envie de tester certains morceaux par ex. mais la structure n’est pas faite, donc j’écoute les autres DJ et j’observe la réaction du public et en général, je « sens » le fil conducteur et 20-30 mins avant le début, je charge les deux morceaux avec lequel je vais commencer.

TheClubbing.com: Parlons un peu de tes labels Scandium et Fono, comment sont-ils né? Et quels seront les artistes à se produire dessus?
Southsoniks: Scandium a été créé par Paul Nazca et André Dalcan en 2000, je ne les ai rejoint qu’en 2001 comme artiste tout d’abords, puis en tant que membre du bureau. Mais c’est André qui est le label manager des deux labels (Fono est né en Septembre 2003), pour ma part je m’occupe de diverses choses pour les deux, le mastering, une partie de la communication etc. et par ailleurs André nous consulte avec Paul pour les sorties. Sur Scandium nous souhaitons développer les artistes « maisons » avec des albums et des follow-ups de ceux-ci (remix ou maxis), alors que sur Fono on pourra trouver, outre les artistes Scandium (Paul Nazca, André Dalcan, Southsoniks, Dan Corco, Fred Carreira, Bastien Grine), des signatures en license, soit de nouveaux talents, soit d’artistes confirmés.

TheClubbing.com: L’internet, avec tout ces piratages de musique et Final Scratch qui a fait son apparition, tu en penses quoi de tout ça?
Southsoniks: Et bien disons que le piratage ne date pas d’Internet, de tout temps on a fait des copies, enfin depuis que la cassette existe. Maintenant la différence, c’est peut être l’accessibilité. Mais je pense que les gens qui aiment vraiment la musique finissent par acheter les disques et que finalement ils n’achètent pas ce qu’ils n’aiment pas. Est ce un mal? Je ne sais pas, en ce sens que l’on a pu observer que les majors perdaient effectivement du chiffre, mais paradoxalement certaines petites structures en bénéficiait, car le bouche à oreille fonctionne bien dans ces conditions car plus de gens ont eu accès à leur musique. Pour ce qui est de la musique électronique, la situation de départ est différente, les « gros » labels vendent peut être 20-30 000 vynils, mais la majorité entre 1000 et 3000. En CD la les chiffres peuvent monter (Mr Oizo sur F Com par ex.) mais en comparaison ce sont tous des petits labels. Et actuellement, on observe effectivement une chute des ventes, que l’on peut attribuer à trois phénomènes.
Tout d’abords on est clairement a un la fin d’un cycle puisque la dernière grande mouvance a été de sampler/s’inspirer du mouvement New Wave… qui a précédé la naissance du mouvement électro tel qu’on le connaît! Donc forcement, il y’a une remise en question à faire et il faut se renouveler.
Le deuxième phénomène est conjoncturel, car c’est la crise économique qu’on connaît, et bien sûr que de manière générale, les arts en général et donc la musique en souffrent aussi.
Enfin on en revient donc au phénomène de piratage. Alors qu’effectivement nous étions plus ou moins préservé par le format vinyle, l’arrivée de Final Scratch et d’autres systèmes similaires (Traktor DJ par ex.) change la donne. Maintenant dans certains milieux (la Goa par ex.) on mixe sur CD depuis un moment déjà, donc finalement ce n’est pas nouveau non plus. Je pense qu’une fois de plus, ils faut s’en remettre à la bonne volonté des gens. Si on aime un morceau, qu’on le joue et bien il faut encourager l’artiste et acheter son disque. C’est d’autant plus vrai pour notre milieu, où les chiffres sont petits et la barrière entre une production rentable et une autre à perte est très ténue. En général ce seuil se situe autour de 1000 disques, donc une perte de 30% du chiffre peut (et a) signifié la mort de nombres de labels. J’attire l’attention des gens la dessus. Maintenant si quelqu’un télécharge un de mes titres, ben je considère que ça a pu lui faire découvrir mon son. Peut-être achètera t’il les suivants si ça lui a plu! Finalement à nous de faire de la qualité, et puis avoir le disque pour moi est toujours plus agréable qu’un mp3 perdu au milieu d’une gigantesque base de donnée, et je pense que c’est le cas pour beaucoup!

TheClubbing.com: ta playlist?
Southsoniks:
Dave Clack – Way Of Life (Technasia mixes) Skint 93X
Beroshime – The Prophets Obssession BM05 (Beroshima)
Southsoniks – Ars Longa Beta SC18 (Scandium)
Iroki Esashika – Elastic EP SUBV026 (Subvoice)
Hunteman – Discotech UK RMX Confused UK 004
Soulshift – Blonde EP ADV08 (Adrenogroov)
Heiko Laux – Offshore Funk KA99 (Kanzleramt)
La Noireaude – Bang The Box Initial Cut 004
Ad Lied – 1926 EP Pseudo 02
Dan Corco – Voice Of Freedom EP ADV09 (Adrenogroov)
Kowalski – Response LP KA 96 (Kanzleramt)
Mauro Picotto – Playing Footsie Amazing Alchemy 001
M.F.F. – The Creeps Freaks Gigolo 119
Man With Guitar – Man With Guitar Kitsune 007

TheClubbing.com: Un petit mot pour la fin?
Southsoniks: Keep the faith and take affirmative action 🙂

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