Various Artists – Mandarinen Traüme: Electronic Escapes from the Deutsche Demokratische Republik 1981-1989

Various Artists – Mandarinen Traüme: Electronic Escapes from the Deutsche Demokratische Republik 1981-1989

Various Artists - Mandarinen Traüme Electronic Escapes from the Deutsche Demokratische Republik 1981-1989 - Permanent Vacation

Il est souvent délicat de parler d’un disque retraçant une époque musicale en plein trouble politico-social sans appréhender ses aspects les plus sombres. Cependant, là où nombre de compilations et d’anthologies peuvent facilement se concentrer sur l’aspect culturel de leur sujet, ce Mandarinen Träume tombe dans l’exercice du recadrage historique nécessaire. Nécessaire parce qu’inévitable: ne pas en parler rendrait la compilation beaucoup moins fascinante.

L’Etat policier ironiquement nommé République Démocratique Allemande (RDA) a tenu d’une main de fer la majorité, voire l’intégralité de ses institutions. Comme tous les autres vecteurs artistiques et culturels, la musique était également soumise à un contrôle strict et draconien en matière de production, distribution et reproduction dans tout le pays. Il n’y avait d’ailleurs qu’un seul label « d’Etat », contrôlé de A à Z, dont les artistes et membres devaient se montrer digne. Oppressés, ils n’étaient qu’une poignée à obtenir licences et autorisations, afin que ces musiciens puissent enregistrer leurs disques et faire des concerts en toute légalité. Les très rares discothèques et stations de radio étaient également strictement contrôlées, 60% de la programmation musicale devaient provenir d’artistes et collectifs issus de la RDA.

L’époque-clé qui amena la « révolution » électronique a sans aucun doute été le concert donné par Tangerine Dream au Palais de la République au tout début des années 80. Une musique « occidentale » en RDA, si avant-gardiste, libre et psychédélique attirait forcément la curiosité et l’attention de nombre d’artistes. Et avec ce concert, une nouvelle ère entamait sa croissance. Le verrouillage par l’Etat des exportations musicales n’arrangeant rien, il aura fallu attendre cette année pour que l’excellent label allemand Permanent Vacation ne mette à disposition d’un plus large public, certaines des œuvres les plus marquantes de l’époque elektronische Est-Allemande, à quelques encablures de la chute du Mur – et de la RDA.

Je parlais de révolution précédemment et il suffit d’une première écoute pour se rendre compte à quel point l’expérimentation de la musique électronique peut amener à un véritable voyage mental. Une odyssée cosmique traduite par le titre d’ouverture de Reinhard Lakomy. Un voyage tentaculaire d’une dizaine de minutes, balafré par une rythmique de locomotive et adoucie par des séries d’arpèges psychédéliques dignes des grandes envolées de Vangelis. Un titre que n’auraient pas renié, dix années plus tôt les Klaus Schulze et autres Michael Shrieve.

Le Zeitmaschine de Wolfgang Paulke pousse l’engagement mental encore plus loin: le tempo se précipite dans un mouvement d’horloge, des synthés crachent leurs accords et des pincements de guitare enfoncent le clou d’un des titres les plus hallucinés de la compilation.

Si Lakomy et Paulke nous offrent les moments les plus cosmiques de Mandarinen Traüme, il est laissé aux Julius Krebs et Key le soin de ramener l’auditeur un peu plus près de la terre dans des exercices de style plus dansants mais dans lesquels on retrouve le côté cosmic disco, évoquant tantôt Giorgio Moroder, tantôt Andreas Vollenweider.

Pond est probablement celui qui aura le mieux réussi. Vendant son Planetenwind à plus de 10 000 exemplaires en RDA, affichant un tel culot avec son ambiance tellement futuriste qu’il n’est pas difficile de comprendre le pourquoi de son succès.

On ne peut qu’applaudir le travail accompli pour cette compilation, des œuvres du journaliste allemand Florian Sievers qui complète sa sélection par des notes plus qu’exhaustives et des photos d’époque. Mandarinen Traüme est un manifeste. L’état de fait d’une poignée de musiciens contrôlés par un gouvernement répressif au possible, ne trouvant écho qu’après d’une autre poignée d’auditeurs. Lakomy, Key, Pond, Paulke et Krebs n’auront influencé personne, si ce n’est eux-mêmes. Ils n’auront pas leur place au panthéon des artistes les plus influents. Ils auront marqué, plus de vingt ans après, une époque, celle où le régressif et le totalitarisme n’ont pas eu de prise sur la créativité et l’ingéniosité. Dans une période où les chiffres de ventes sont les arguments-clés du succès au dépit de la créativité et où l’instantanéité efface la qualité d’une œuvre, Mandarinen Träume fait beaucoup de bien. Plus qu’un conseil, c’est une invitation.

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